Artefact

Bronner et la science as vibes

Pour celleux qui ne le connaissent pas, Bronner est un sociologue et un intellectuel de plateau français. Il est libéral voir libertarien (proche du journal L'Express). Son influence est grande sur la fosse sceptique française. Son sujet principal est les biais cognitifs.

Il passe son temps à dire que les gens sont trop bêtes. Les titres de ses livres : Démocratie des crédules,Apocalypse cognitive, Déchéance de rationalité, L'empire des croyances. Le niveau de condescendance se pose là.

Ah et moins connu, il est aussi intermittent du spectable car c'est le plus grand clown que j'ai jamais vu.

À chaque fois que je l'entends, j'ai envie de m'arracher les oreilles au tire-bouchon. C'est pas possible un tel niveau de Bullshit. Honnêtement, il atteint les niveaux de Aberkane ou Raoult.

C'est une tâche difficile de le débunker sans mourir d'épuisement. Ses erreurs sont fractales (elles sont auto-similaires et se reproduisent en un nombre infini de branches). La force de la loi de Brandolini est puissante en lui.

Je vais donc prendre seulement quelques exemples. Un échantillon de ses torrents de livres, comme on le ferait pour l'eau de la Seine.

Exemple 1 : Factoriel

Dans son livre Apocalypse cognitive1, il cite une étude de Tversky et Kahneman2 sur l'incapacité des gens à prédire la suite dans le calcul factoriel.

Tversky et Kahneman sont les psychologues qui ont rendu les biais cognitifs omniprésents dans les débats contemporains. Ils ont plusieurs travaux sur le fait que les gens ont de mauvaises intuitions en statistique, mais ils sont eux-mêmes assez mauvais.3

Dans cette étude ils ont demandé à des gens de calculer les factoriels de quelques nombres. Puis, ils leur ont demandé ce qu'ils imaginaient être le factoriel du nombre suivant. Ensuite, ils ont comparé cette estimation à la valeur correcte. Ils en ont conclu que les gens sous estimaient massivement la croissance de cette suite de nombres.

Si vous avez fait une année de maths à la fac vous devriez avoir compris que cette étude n'a aucun sens.

Pour pouvoir dire que les gens sont biaisés, il faut un point de comparaison. Il faudrait imaginer quelqu'un (ou un algorithme) qui serait capable, à partir des premiers éléments d'une suite, de prédire les nombres suivant sans biais.

Or, même dans les suites croissantes, il y a une infinité de façons de croître. Une infinité de vitesses différentes (et non dénombrable en bonus). S'attendre à ce que quelqu'un qui n'a pas étudié les maths puisse donner une bonne prédiction est vertigineusement con. La seule chose que vous avez prouvé c'est que la plupart des gens ne connaissent pas la formule de Stirling. Waouh ça valait vraiment le coup de faire une étude.

Bronner présente ça avec cet abominable graphique.

(Je n'ai pas touché à la résolution c'est comme ça qu'il apparaît dans le livre)

Ce graphique fait tellement mal aux yeux qu'il est classifié comme arme de guerre dans plusieurs états.

Je faisais de meilleurs graphiques excel en cours de physique-chimie en seconde et la prof se foutait de ma gueule à cause de mes graphiques.

Pourquoi y a-t-il une foutue courbe? La fonction factoriel n'est définie que pour les entiers. Oui, moi aussi, charitablement, j'ai d'abord cru que c'était la fonction gamma, une généralisation au continu de factoriel (qui n'aurait toujours aucune raison d'être là). Mais non, si on regarde mieux c'est une interpolation polynomiale (ou bien par des splines) de excel.

Si vous êtes matheux, vous saurez que les polynomes (et les splines qui sont des polynômes sur des segments) croient à une vitesse minuscule en comparaison à la fonction factoriel (ou gamma). Bronner réussit donc à commettre dans son graphique l'erreur qu'il assigne aux gens.

En bonus la courbe du bas est illisible à l'échelle qu'il a choisi. Il devrait prendre un cours de visualisation des données. Et avec ça un cours de maths et un de statistique. Peut-être même de sociologie aussi.

Il y a d'autres insultes à la vision dans son livre :

(toujours une résolution de ses morts qui ne vient pas de moi)

Les bâtonnets de ma rétine ont commis un suicide collectif, je dois donc finir ce post aveugle.

Ce graphique n'a clairement que 3 points de données (on le voit grâce aux limites des segments du tracé). Avec un point tout les 100-120 ans??? J'imagine qu'il ne s'est rien passé de notable entre 1900 et 2020 qui mérite qu'on ne s'y attarde.

Aussi, l'abscisse n'est pas à la bonne échelle entre 1900 et 2020, mais bon hein, on est plus à ça près. Ah tiens, l'échelle en ordonée aussi a un problème. Il n'y a rien de correct dans ce graphique. C'est assez impressionnant.

Lui, il publie ça tranquille dans un livre qui est vendu par milliers ou dizaines de milliers. Je savais pas qu'on pouvait cracher au visage d'autant de monde en toute impunité. j'en prends bonne note

Exemple 2 : Un livre cité horrible

Une citation de son livre Apocalypse Cognitive :

Si les situations agonistiques ont ce pouvoir d'attraction, c'est qu'elles sont des figures métamorphosées du danger. Parce qu'ils sont des êtres profondément sociaux, les humains se sentent toujours obscurément impliqués dans un conflit, même lorsque celui-ci ne les regarde pas directement. Les coalitions sociales et les mécanismes affiliatifs sont profondément inscrits dans notre nature. C'est une idée que développe Hector Garcia (2019)

Je ne vais pas analyser la phrase. Pas le temps ni l'envie. Je vais juste regarder ce que vaut sa citation.

C'est Sex, power, and Partisanship. How evolutionary science makes sens of Our political Divide.4 de Hector A Garcia.

Le genre d'énormités cosmiques qu'on peut y trouver:

  • Des chapitres intitulés IS CONSERVATISM AN EXTREME FORM OF THE MALE BRAIN ou bien ON BIG APES AND PRESIDENTS (les caps lock ne sont pas de moi).

  • Perhaps not surprising then, primatological research finds that larger size is related to higher social rank in nonhuman primates, including baboons, gorillas, and chimpanzees. The same is true for humans

  • For instance, subjects in the research lab show preference for taller leaders, reflecing real-world political choices: between 1789 and 2008 the taller of the US presidential candidates wo the race the majority of the timen and all pairs of marjor-party US presidential candidates have been taller than the average Us Male citizen

Je vous présente donc le prochaine président des états-unis:

Le meilleur pour la fin

  • Research also finds that women who rate their partners as being dominant have more frequent and sooner orgasms, a pattern associated with greater sperm retention, which may suggest a similar sort of "alpha son" effect in which domineering men would on average produce more competitive male offspring. In this light, Trump's braggadocio, while repellent to many women, may suggest future fitness in male mate competition

soupire

C'est con à se tabasser les bourses avec un marteaux à viande. Ce qui est bien dommage car manifestement le potentiel électoral se trouve dans les testicules.

Il faudrait plusieurs vies pour expliquer à quelle point toute la littérature citée dans ce livre de Garcia est conne. Si vous voulez comprendre mieux, un article sérieux qui résume bien les problèmes évidents de ces approches en science politique: Of beauty, sex, and power

On pourrait résumer la thèse du bouquin de Garcia ainsi : Trump aurait été élu car il est perçu comme un mâle alpha. On dirait du Zemmour, du Rochedy, ou même du Louis Sarkozy.

C'est une idée dangereuse et fascisante de résumer la politique à la biologie. Dire que la loi du plus fort serait inscrite dans nos esprits de façon naturelle et immuable. Bronner, en citant ce gars, donne de la crédibilité à des théories masculinistes.

Non, Trump n'a pas été élu parce qu'il est grand et que les femmes souhaient inconsciemment être protégées des violeurs par un homme fort. Et non, Trump n'a pas été élu car les femmes aiment les dragueurs qui transmettent massivement leurs gènes.

Trump a été élu parce qu'il a fait un bon show. Et parce que son idéologie est fortement disséminée, pas son sperme. C'est une normalisation culturelle. Comme pour les nazis[ ^5], les idées d'extrêmes droites se sont banalisées. Rien de tout cela n'est naturel, immuable, et éternel, peu importe à quel point on veut nous le faire croire.

Tout cela nous mène à une conclusion évidente : Bronner cite n'importe quoi tant que cela sert son propos. C'est hypocrite pour quelqu'un qui parle autant des biais de confirmation.

Pourquoi est-il quand même invité partout?

Comme beaucoup d'autres personnalités tels qu'Étienne klein, Idriss Aberkane, Marc Touati, c'est un bon Storyteller. Excellent même.

Mais ce qui m'embête le plus, c'est qu'on l'invite pour nous parler de la perte de confiance en la science. Avec des scientifiques comme lui mis en avant, franchement, moi aussi je perds confiance. Il va falloir que nous ayons de meilleurs standards si nous voulons lutter pour la science.

Faire un travail scientifique, ce n'est pas juste des vibes. Ce n'est pas juste parce que ça a l'air vrai que ça l'est.

Comme dirait Andrew Gelman3

System 1 is fast, instinctive and emotional.

System 2 is slower, more deliberative, and more logical.

System 3 is when you say things that sound good but make no sense.

System 3 can get activated when you trust what someone tells you rather than figuring it out yourself.