Quelques noms qui viennent et reviennent un peu partout.
Gérald Bronner, Albert Moukheiber, Samah Karaki. Sébastien Bohler. Christophe André. Sans doute plein d'autres que j'oublie.
Homèrde
Il n'y a pas de différence entre la psychologie populaire et le développement personnel.
L'un prétend être une science de nos déterminismes psychologiques, l'autre que l'on puisse d'en sortir par la seul force de la volonté. Alors pourquoi sont-ils en pratique si proches?
Les public speakers (conférenciers) qui marchent super bien à la télé et sur youtube, c'est les vulgarisateurs de psychologie. Carton en audience garantie. Ils sont juste d'excellents storytellers (des conteurs).
Mais la science dont ils nous chantent monts et merveilles, est pour le moins confuse. Il y a de multiple crises dans la psychologie.
Crises dans la validité des expériences, crise des l'interprétations. Des mauvaises pratiques endémiques. Des plan d'études supposant des tailles d'effets absurdement grand, menant inévigablement à une crise de réplication (des tas et des tas d'effets exagérés).
Et bien sût de la fraude. (Je n'accuse dans ce billet personne de cela, mais il y a des nombreux exemples historiques qui ternissent la crédibilité de ce domaine, Dan Ariely, Francesca Gino, Brian Wansink).
Par example le fun fact psychologique sur la taille de l'assiette et la faim? Ça vient (au moins en partie) de cet immense fraudeur Wansink. Portion size me: plate-size induced consumption norms and win-win solutions for reducing food intake and waste
Une large majorité des biais cognitifs présentés par les vulgarisateurs ne sont que des erreurs d'interprétation, de l'incompétence statistique de la part des chercheurs, ou d'énormes exagérations causées par les tailles d'échantillons. Les effets sont presques systématiquement infimes, ce qui ne fait pas une bonne histoire à raconter.
Mais à la limite tout ça on s'en fiche. Ces conférenciers de psychologie, même s'ils viennent de milieux scientifiques, ils ne font plus vraiment de la science. Ce sont des étendards, les services marketing surpayés de leurs domaines.
Ce sont des influenceurs. Ces personnalités sont des marques.
Ils font fructifier leurs marques.en récoltant les paiements de leurs interventions, en animant des atelier management pour des entreprises. Même s'ils ne sont pas payés à chaque intervention, être vu développe leur publique. Ensuite, ils la convertissent en moulaga en vendant des livres.
Le tarif d’un conférencier médiatisé vous coûtera en moyenne entre 7000€ et 15 000€. Leur notoriété leur permet d’être un véritable vecteur de communication, et d’attirer plus de participants à votre conférence.
-https://www.wechamp-entreprise.co/tarif-conferencier/
Ils pourraient continuer à faire de la science. Mais c'est tellement moins lucratif, et ça prend trop de temps. Enseigner, publier, relire les pairs, demander des financements, organiser des conférences, prendre en charge des étudiants...
C'est plus plaisant d'être invité partout pour expliquer les mystères de notre cerveau pour un énorme chèque. Tel Homère qui conte l'influences des dieux sur nos vies. Homère avec un énorme chèque.
Leur objectif principal a glissé de la science à la gloire et la fortune.
Je ne vais pas les blâmer. Ils ramassent de l'argent exagérément facile. Comment s'en empêcher? Ils ne faut pas non plus accuser leur publiques.
En fait, les scientifiques ont les vulgarisateurs qu'ils méritent.
C'est la faute des standards de la science. Leurs collègues, pairs, les autres scientifiques ne les désavouent pas.
Étienne Klein a interviewé des tas de physiciens ou mathématiciens qui ont ajouté à son aura de crédibilité. Ils sont tous un peu responsables. Et tous ceux qui ne disent rien alors qu'ils ont les compétences pour débunk. Et les structures qui poussent à les accueillier pour obtenir de l'attention et avec des financements.
C'est du blanchiement de crédibilité. Il faut plus de confrontation. Secouons le cocotier un peu.
Trops facile
Du démontage pour montrer ce que les scientifiques de leurs domaines pourraient faire.
Albert Moukheiber. Il est agréable à écouter. Très éloquent. C'est l'un des plus populaires en ce moment. Pas mal invité à gauche. Omniprésent sur youtube notamment chez les vulgarisateurs.
Mais il n'a pas publié de papier depuis 2016 d'après son google scholar. Il a chômé.
Ça m'a pris trop peu de temps pour trouver une erreur flagrante dans la méthodologie statistique de son papier le plus cité. Et il est beaucoup plus cité que les autres.
Le lien : Gaze avoidance in social phobia: Objective measure and correlates
Dans le papier, ils testent différentes hypothèses. Ils rencontrent donc le problème des comparaisons multiples. (Plus vous tirez de pièces plus vous avez de chance d'avoir au moins un face). Pour le corriger, ils fixent le niveau de significativité à 0.005 au lieu de 0.05.
Oui, mais d'où vient ce nouveau niveau de significativité? Comment a-t-il été calculé?
En faisant le calcule moi-même, je trouve que ce n'est pas correct. Et surtout, l'erreur est dans une direction qui tend à produire des résultats faussements significatifs à un taux plus élevé que ce qu'ils prétendent.
Trigger warning : section maths et proba
Ils testent 14 hypothèses différentes (comptez le nombre de ligne dans le tableau). Posont donc le nombre d'hypothèses m=14.
Soit α le niveau à partir duquel on considère que la p-value d'une hypothèses est significative.
En supposant qu'elles sont indépendantes (ce qu'on doit faire pour être trop prudent plutôt que pas assez), cela signifie que la probabilité d'avoir au moins un faux positif par est 1-(1-α)^m.
Pour un niveau α corrigé, il faut que la signficativité soit atteinte quand : 1-(1-α)^m < 0.05 donc 1-0.05 < (1-α)^m donc (1-0.05)^(1/m) < 1-α donc α<1-(1-0.05)^(1/m)
Fin de trigger warning
En remplaçant m par 14 et on obtient α<0.0037.
Ce qui est plus petit que 0.005. Leur niveau de significativité est trop lâche. Ils risquent donc d'avoir un taux de faut positif trop élevé.
En utilisant le α choisi par les chercheurs du papier, le niveau de faux positifs véritable est de 0.068.
Avec 7 auteurs on aurait pu espérer qu'au moins un d'entre eux trouve cette erreur dans la méthode centrale du papier. Je m'étonne toujours que ce genre de chose puisse passer inaperçu.
Il faudrait refaire l'étude avec le niveau correct. Même si, avec n=50, elle ne vaut de toute façon pas grand chose. Le bruit est simplement trop grand pour estimer des effets d'une taille qu'on trouve typiquement en psychologie.
Bref, ça m'embête de voir ces clowns invités partout, en particulier dans des médias de gauche. C'est du gâchis de l'argent et du temps de la gauche. Et on en a si peu.
Faites monter vos standards de quelques niveaux.
Pardonnez-moi si j'ai cette réaction quand je vois quelqu'un parler de biais cognitifs.
